Je me souviens toujours de cette fameuse question que l’on nous posait quand on était petits : « Que veux-tu devenir quand tu seras grand ? », et à laquelle je répondais toujours avec fermeté et déterminisme : « Je voudrais être médecin.»
Toutefois des années passèrent, sans que je voie pour autant se réaliser ce rêve, qui m’était le plus cher, et au lieu de cela, je m’étais retrouvée dans un domaine auquel je n’avais jamais songé : « l’enseignement ».
Mon premier jour de travail était très remarquable, ça m’a permis de me rendre compte de l’énormité de la faveur divine dans laquelle vivent mes confrères les citadins (eau potable, électricité, propreté, et surtout moyens de transport)
Ce jour-là, après deux longs travelling dans une sorte de TAXI-CAR, abritant plus de 14 personnes, et destiné ordinairement à transporter uniquement 6, je dus faire le plus long footing de toute mon existence : Ne connaissant de l’école dans laquelle j’étais affectée que le nom, j’ai du parcourir à pied, plus de 8 km pour trouver enfin le village où elle se situait
Une semaine après, les cours avaient commencés. J’étais chargée d’enseigner toutes les matières en 5ème et 6ème, j’avais à peu près 16 leçons à disposer tous les jours, dans une marge de temps de 4heures et demi, à une classe de plus de 40 élèves : un véritable enfer !!!
Je me souviens que j’étais intriguée par le bizarre comportement des élèves qui demandaient à sortir chaque fois que je commençais mon activité d’alter-gavage-informatif. J’ai pensé
au début qu’ils étaient désintéressés des cours que je présentais, puis j’ai laissé tomber cette supposition, car s’il en était le cas ils ne reviendraient pas après deux ou trois minutes. J’ai
pensé alors qu’il se pourrait qu’ils sortent uniquement pour prendre l’air vu que la classe était condensée, mais celle-là aussi ne valait pas car l’air n’était pas ce qui manquait avec toutes
ces fenêtres aux vitres cassés.
Epuisant toutes les probabilités, j’en conviens à porter la question à l’une de mes collègues qui était plus âgée que moi. Celle-ci m’expliqua alors que ne disposant d’aucunes toilettes au sein de l’école, les élèves étaient obligés de sortir dans la nature pour faire leurs petits besoins, et qu’ils évitaient de les assouvir lors de la récré afin d’éviter le regard des autres.
Une fois les cours terminés, on rejoignait; moi et deux autres institutrices notre loge, où on se reposait, dormait et se préparait pour de nouvelles introductions sur la scène estudiantine.
Ce fut ainsi, jusqu’au jour où une bande d’intrus décident de porter atteinte à notre vie calme et paisible. On était toutes les trois à écouter la radio tranquillement, il était à peu près 22h, quand tout à coup on entendît frapper à la porte. Nous continuâmes de l’écouter, convaincues d'avoir confondu un bruit pour un autre, mais un peu plus tard, ça reprend. Nous regardâmes la porte une autre fois et celle-ci était toujours fermée. Nous étions mortes de peur à tel point qu’on éteignit même la lumière, mais question de nous rassurer, on se dit que c'est tout simplement la fenêtre de la chambre qui; ouverte, fait que le vent agite la porte. Mais soudainement, le bruit était si fort et si vif que j'avais l'impression qu'on avait ouvert la porte précipitamment. Là, c'est la panique. J'ai osé à peine m'étirer le cou pour voir si la porte était ouverte. Quand j’ai osé enfin faire un mouvement, il y avait un autre bruit plus discret qui venait de la porte. Alors là, pas de doute; il y avait quelqu'un devant notre porte. J'avais le cœur qui battait dans la poitrine et je m’étais dis qu'il faudrait bien que j'agisse. J'ai eu l'idée de prendre un couteau et d'ouvrir la porte rapidement, mais j'avais bien trop peur que ça se revire contre moi. J’ai pensé alors à prendre une bouteille vide pour péter sur la tête du gros méchant qui se cachait derrière la porte mais je me suis dis que même brisée, ça ne pouvait pas nous mettre hors danger. J’ai pensé alors à prendre le balai mais l'image de moi, me défendant avec le manche à balai et prenant le porte poussières comme bouclier m'était trop ridicule et comique pour que j'opte pour cette option: le plus que j'aurais pu faire avec ça, c'est faire rire le criminel . Seulement voilà, avant que je finisse de penser à mes propres stratagèmes défensifs, le bruit s’était arrêté, et on ne l’entendit plus de toute la nuit.
Le lendemain matin, nous sous sommes redues chez les gendarmes pour porter plainte. Et à partir de ce jour je n’ai jamais passé une nuit à la campagne.
Asma MOUHIB.

